Votre manuscrit est terminé, relu, peut-être déjà mis en page. Reste la décision qui immobilise le plus d'auteurs au moment de franchir la ligne : savoir où publier son livre, entre les plateformes d'impression à la demande, les places de marché numériques, les distributeurs, votre propre site et l'édition traditionnelle. Ce choix décide de votre visibilité, du temps que vous passerez sur des tâches administratives, et de la part de contrôle qui vous reste sur votre texte.
Ce comparatif décrit les voies réellement empruntées par les auteurs francophones, sans note sur dix ni palmarès arbitraire : chaque plateforme est présentée par ce qu'elle annonce faire et par ce que son fonctionnement implique pour vous. La question arrive d'ailleurs tard dans le parcours, puisque tant que votre fichier n'est pas prêt, aucune plateforme ne peut rien pour vous. Fabriquer un livre complet, du plan au fichier final occupe l'essentiel du travail.
La réponse courte
Il n'existe pas une meilleure plateforme, mais cinq familles qui répondent à des objectifs différents. Un livre numérique destiné au plus grand nombre se met en vente en quelques jours sur une place de marché comme Amazon KDP ou Kobo Writing Life. Le papier sans stock à financer relève de l'impression à la demande, le mode de fonctionnement de TheBookEdition, de Bookelis, de Lulu et de la version imprimée d'Amazon KDP. Un distributeur tel que PublishDrive place ensuite le même fichier dans un grand nombre de boutiques sans que vous ouvriez un compte chez chacune. Votre propre site garde la marge et le contact direct avec vos lecteurs, en échange du travail le plus lourd. L'édition traditionnelle reste le seul chemin vers les librairies physiques, au prix d'une sélection et de longs délais.
Publier ne veut pas dire la même chose partout
Le mot recouvre quatre métiers distincts que les plateformes assemblent différemment : fabriquer l'objet ou le fichier, le mettre en vente, le distribuer vers d'autres boutiques, et le faire connaître. Un imprimeur en ligne s'arrête au premier. Les places de marché tiennent les deux premiers sur leur propre boutique, tandis qu'un distributeur se consacre au troisième et ne vend jamais lui-même. L'éditeur traditionnel prend les quatre à sa charge, ce qui explique sa sélectivité.
Confondre ces métiers produit la déception la plus fréquente chez les auteurs autoédités : le livre est en ligne, la fiche est propre, et il ne se vend rien. Aucune des voies décrites ici, hormis partiellement l'édition traditionnelle, ne comprend le travail de faire connaître le titre. Toutes attendent en revanche un fichier propre : si votre texte dort dans un traitement de texte, le reprendre pour le mettre au format du livre est le premier chantier.

TheBookEdition, le papier à la demande en français
TheBookEdition est une plateforme française d'auto-édition bâtie sur l'impression à la demande. Vous déposez un fichier mis en page, la plateforme fabrique l'exemplaire au moment où un lecteur passe commande, puis l'expédie. Le site annonce que l'auteur conserve la totalité de ses droits, sans engagement, et qu'il fixe lui-même sa marge sur chaque vente. Des gabarits d'intérieur et de couverture sont fournis pour préparer le fichier.
La distribution se joue à deux niveaux : un catalogue qui rend le titre commandable par les libraires, et une diffusion par abonnement vers des revendeurs en ligne et vers les bases professionnelles du livre. Un détail conditionne le reste et surprend beaucoup d'auteurs : d'après la page de la plateforme consacrée à l'ISBN, celle-ci ne fournit pas de numéro, la demande se fait auprès de l'AFNIL, et sans ce numéro la distribution en librairie reste fermée.
Bookelis, le papier et le numérique au même endroit
Bookelis traite le livre papier en impression à la demande et le livre numérique depuis la même interface. Le texte se dépose dans un traitement de texte courant, ou directement en ePub pour le numérique, et des prestations de correction, de mise en page et de couverture sont proposées en option. La plateforme annonce une distribution qui dépasse sa propre boutique : le réseau de son partenaire Hachette Livre pour le papier, un référencement dans les bases professionnelles du livre, une présence chez les grands revendeurs en ligne. Un ISBN gratuit est fourni à l'auteur qui n'en possède pas.
Elle convient à l'auteur qui veut un interlocuteur unique sur les deux formats et un parcours guidé plutôt qu'une succession d'outils à assembler. Deux précisions de ses pages d'aide se lisent avant de publier. Utiliser son propre ISBN sur un livre papier prive de la distribution assurée par son partenaire, arbitrage qui se décide au départ. Et la plateforme écrit elle-même qu'un livre distribué n'est pas pour autant présent en rayon, la commande restant au choix de chaque libraire.
CoolLibri, l'imprimeur avant tout
CoolLibri est un imprimeur en ligne français, et sa différence avec les deux précédents tient en une phrase : vous commandez des exemplaires, ils vous sont livrés, et la vente reste de votre côté. Le service annonce une impression dès un exemplaire, accepte aussi bien les fichiers issus d'un traitement de texte que les PDF, et analyse le document avant de lancer la fabrication. Le choix de formats, de papiers et de reliures y est plus large que sur une plateforme généraliste, et sa page de référencement indique que l'ISBN est offert.
C'est la bonne voie quand vous maîtrisez déjà votre distribution : un livre vendu en salon, un ouvrage de famille, un catalogue d'artiste, un support remis à des participants. Sa vitrine met l'auteur en relation avec des acheteurs, mais les pages du service ne promettent pas de présence chez les grands revendeurs : pour atteindre des lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, il faut compléter par une autre voie.
Upblisher et les plateformes plus confidentielles
D'autres noms reviennent dans les recherches des auteurs francophones, Upblisher parmi eux. Nous n'en détaillons pas le fonctionnement ici, et la raison vaut conseil : la description exacte d'un service se lit sur ses propres pages et dans ses conditions générales, jamais dans un fil de discussion, car une offre change plus vite qu'un article.
Trois questions suffisent à situer n'importe quel service. Qui paie la fabrication, et à quel moment ? Quelle distribution est écrite au contrat, en distinguant la mise au catalogue de la présence en rayon ? À quelles conditions récupérez-vous vos fichiers et vos droits pour partir ? Une plateforme sérieuse répond aux trois sur son site.
Amazon KDP, la place de marché la plus fréquentée
Amazon Kindle Direct Publishing publie le livre numérique et le livre imprimé, et les met en vente sur les boutiques Amazon. D'après la documentation officielle de KDP, la publication est ouverte sans sélection éditoriale, un ouvrage est mis en ligne dans les boutiques du monde entier sous 72 heures, et le service fournit gratuitement un ISBN pour les formats broché et relié. La même documentation précise que cet ISBN gratuit ne peut servir qu'à publier sur KDP : il ne vous suivra pas si vous faites imprimer ailleurs.
Sa force est le trafic, puisque l'acheteur est déjà sur le site, son moyen de paiement enregistré, souvent en train de chercher un livre au moment où il tombe sur le vôtre. Le programme KDP Select, présenté par Amazon comme un engagement de 90 jours réservé aux livres numériques, offre une rémunération complémentaire contre l'exclusivité du format numérique, les versions imprimées restant libres. Cette exclusivité ferme les autres boutiques tant qu'elle court : une décision de stratégie, pas une case à cocher. Votre visibilité dépend par ailleurs de règles de classement qu'une entreprise peut modifier sans vous consulter.
Lulu et Blurb, les internationales du papier
Lulu est une plateforme d'impression à la demande américaine qui vend depuis sa propre boutique et propose une distribution élargie. Le service annonce que le livre peut être proposé chez des revendeurs en ligne partenaires et commandé par des librairies via le réseau Ingram, avec un délai de plusieurs semaines entre la soumission et la mise en ligne. Un ISBN gratuit est proposé, et des passerelles relient la fabrication à une boutique que vous tenez ailleurs. Un auteur francophone notera toutefois que, d'après les conditions d'éligibilité publiées par Lulu, cette distribution élargie ne concerne pour le numérique que les titres en anglais au format EPUB.
Blurb vise un public différent, celui du livre où l'image commande : photographies, portfolio, beau livre, catalogue. La plateforme fournit son propre logiciel de mise en page ainsi que des passerelles vers les outils professionnels de création graphique, annonce une vente depuis sa librairie et une diffusion via Amazon et le réseau Ingram, et ajoute automatiquement un ISBN à ses livres brochés et reliés. Sur un roman en texte courant, cette spécialisation n'apporte rien qu'une autre plateforme ne ferait aussi bien, alors qu'elle change tout sur un ouvrage où la qualité d'impression décide de l'effet.
Kobo Writing Life, l'autre place de marché numérique
Kobo Writing Life est le service d'auto-publication de Rakuten Kobo, tourné vers le livre numérique et le livre audio. Il n'imprime pas de papier, votre édition imprimée restera donc ailleurs. L'argument que sa documentation met le plus en avant est l'absence d'exclusivité : un même titre peut être vendu chez Kobo et sur d'autres boutiques en même temps.
L'intérêt principal est de ne pas rassembler tous ses lecteurs au même endroit. Un auteur qui refuse l'exclusivité publie sur plusieurs boutiques, puis observe où son livre trouve son public plutôt que de le supposer. Le volume de ventes y est généralement inférieur à celui de la place de marché dominante, ce que compense une concurrence entre titres moins écrasante.

PublishDrive et les distributeurs numériques
Un distributeur ne vend pas votre livre, il le place. Vous déposez le fichier une seule fois chez lui, il le transmet à un réseau de boutiques et de bibliothèques, et il vous restitue les ventes de façon consolidée. PublishDrive appartient à cette catégorie : le service annonce une distribution non exclusive vers des dizaines de boutiques et des réseaux de bibliothèques répartis dans une centaine de pays, pour des livres numériques, des livres audio et de l'impression à la demande, à partir de fichiers bureautiques, EPUB ou PDF.
Le calcul est un arbitrage de temps. Tenir soi-même un compte chez cinq revendeurs oblige à multiplier les inscriptions, les formalités fiscales et les mises à jour de fiche à chaque correction du livre. L'intermédiaire rassemble ce travail en un point unique, au prix des réglages fins que les places de marché réservent aux comptes directs. Beaucoup d'auteurs commencent en direct sur une ou deux boutiques, puis passent par un distributeur quand leur catalogue s'étoffe.
Votre propre site, la voie la plus exigeante
Vendre depuis votre site signifie tenir la page de vente, l'encaissement et la livraison du fichier. Aucune plateforme ne prélève sa part, vous fixez votre prix librement, vous connaissez chaque acheteur et vous pouvez lui proposer votre livre suivant sans demander la permission à personne. Cette relation directe est ce qu'aucune place de marché ne donne, puisque le client y appartient à la plateforme.
La difficulté tient au trafic. Une place de marché fait passer des acheteurs devant votre livre sans que vous ayez rien fait, alors que sur votre site personne n'arrive tant que vous n'amenez personne. La voie devient logique dès que vous disposez d'une audience, même modeste. Nos formules et notre fonctionnement par crédits sont détaillés sur la page des offres si vous voulez les comparer à ce que prélèvent les plateformes.
L'édition traditionnelle et le piège du compte d'auteur
Derrière la question « où publier son livre » s'en cache souvent une autre : faut-il d'abord tenter un éditeur ? L'édition à compte d'éditeur reste la seule voie qui ouvre largement les librairies physiques, la presse littéraire et les prix, parce qu'un diffuseur professionnel place les exemplaires chez les libraires. L'éditeur assume la fabrication et la commercialisation à ses frais, et rémunère l'auteur en droits. Le revers est la sélectivité, et des délais qui se comptent en mois.
Le code de la propriété intellectuelle distingue ce contrat d'édition du contrat dit à compte d'auteur. Son article L132-2 énonce que ce dernier ne constitue pas un contrat d'édition : l'auteur y verse une rémunération à l'éditeur, à charge pour celui-ci de fabriquer les exemplaires et d'en assurer la publication et la diffusion, et le texte qualifie l'ensemble de louage d'ouvrage régi par le code civil. Vous sortez donc du régime protecteur du contrat d'édition. La Société des Gens de Lettres traite le sujet dans sa foire aux questions juridique, où elle recommande de préférer un contrat d'édition classique avec un éditeur qui a les moyens financiers de ses ambitions, et alerte sur les contrats hybrides difficiles à dénoncer.
Payer pour fabriquer un livre n'a pourtant rien de déshonorant : c'est ce que fait tout auteur qui passe par un imprimeur en ligne, en connaissance de cause et pour un service identifié. Le problème apparaît quand une sélection éditoriale est mise en scène pour vendre une prestation d'impression, avec des promesses de diffusion introuvables au contrat.
Où publier son livre : les critères qui départagent
Comparez sur ce que la plateforme change pour vous, pas sur la longueur de sa page d'accueil. Six questions suffisent à départager, et elles se posent dans cet ordre.
- Ce que la plateforme prend en charge. Fabrication seule, vente, distribution, ou plusieurs à la fois. Ce critère explique tous les autres.
- Les formats acceptés. Un PDF conforme aux consignes techniques pour le papier, un format redistribuable pour le numérique. Une plateforme qui convertit elle-même votre traitement de texte vous fait perdre la main sur la mise en page.
- La distribution réelle. Demandez où le livre sera visible, pas où il pourrait l'être. Une présence au catalogue n'est pas une présence en rayon.
- La facilité de prise en main. Langue de l'interface, parcours guidé ou dépôt brut, support joignable. Ce point décide du temps perdu sur le premier livre.
- Le contrôle laissé à l'auteur. Qui fixe le prix, qui détient l'ISBN, qui peut retirer le titre, et sous quel délai vous partez.
- L'exclusivité. Un programme avantageux qui ferme les autres boutiques se paie en dépendance. La décision se prend les yeux ouverts.
Ce qu'il faut préparer avant de choisir
Les étapes en amont sont identiques quelle que soit la destination : rien de ce travail n'est perdu si vous changez d'avis. Un manuscrit relu par quelqu'un d'autre que vous, une mise en page qui respecte les contraintes d'impression, une couverture lisible en vignette et un fichier final propre servent partout.
La couverture mérite une attention particulière, parce qu'elle est vue en tout petit dans une liste de résultats avant d'être vue en grand. Un titre court, un contraste franc et deux niveaux d'information au maximum survivent à cette réduction. C'est le raisonnement que nous avons intégré dans la fabrication de la couverture, et le fichier intérieur suit la même logique avec un export prêt à publier. Si votre fichier existe déjà et demande seulement à être allégé ou réorganisé, les outils PDF gratuits du site font ce travail sans compte.

L'ISBN et le dépôt légal
L'ISBN identifie une édition précise de votre livre : un même titre en portera deux, un pour le papier et un pour le numérique. L'AFNIL, l'Agence francophone pour la numérotation internationale du livre, attribue ces numéros aux éditeurs francophones qui en font la demande, auto-éditeurs compris, et indique qu'une seule demande suffit lorsque vous prévoyez plusieurs titres ou plusieurs formats. Plusieurs plateformes en fournissent un gratuitement, mais l'identifiant reste alors lié à celle qui l'a délivré.
Le dépôt légal est une obligation distincte, régie par le code du patrimoine. La Bibliothèque nationale de France indique qu'il porte sur tous les documents mis en nombre à la disposition d'un public et qu'il incombe notamment à l'éditeur et à l'imprimeur, ce qui vous concerne si vous publiez sous votre propre nom d'éditeur. Une plateforme qui édite le titre s'en charge en général à votre place. Les règles diffèrent d'un pays à l'autre : vérifiez celles de votre pays de résidence auprès de l'organisme national compétent.
Questions fréquentes
Peut-on publier son livre sur plusieurs plateformes à la fois ?
Oui, tant qu'aucun engagement d'exclusivité ne l'interdit. Rien n'empêche de vendre le même livre numérique sur plusieurs boutiques et de faire imprimer le papier ailleurs. Le verrou vient des programmes d'exclusivité proposés en échange d'avantages : lisez la clause avant de cocher la case, elle vous engage pour toute sa durée.
Faut-il un ISBN pour publier son livre ?
Pour une vente en librairie, l'identifiant est indispensable, et les plateformes qui distribuent le papier le réclament. Sur le numérique, plusieurs services le rendent facultatif : Amazon KDP écrit ainsi que l'ebook est le seul format où l'ISBN n'est pas obligatoire. Les obligations dépendant du pays et du canal de vente, adressez-vous à l'agence nationale compétente, l'AFNIL pour l'espace francophone.
Vaut-il mieux commencer par le numérique ou par le papier ?
Le numérique est le meilleur point de départ pour un premier livre : la mise en vente est rapide, la correction d'une coquille prend quelques minutes, et vous parcourez le circuit complet sans engager de fabrication. Ajoutez le papier une fois le texte stabilisé. Préparez toutefois la mise en page aux contraintes de l'impression dès le départ, car l'inverse oblige souvent à tout reprendre.
Combien de temps faut-il pour publier son livre ?
Le dépôt prend au maximum une journée de travail sur la plupart des plateformes, et la mise en ligne demande de quelques heures à quelques jours selon les vérifications du service. Le temps se passe avant : la relecture, la mise en page et la couverture occupent des semaines. En édition traditionnelle, comptez en mois pour la réponse, puis pour la parution.
Faut-il payer pour être publié ?
Non, et c'est le point sur lequel il faut être ferme. Un éditeur à compte d'éditeur ne demande pas d'argent à son auteur. Vous pouvez en revanche payer un service identifié, une impression, une correction, une mise en page, en sachant exactement ce que vous achetez. C'est la confusion entre ces deux situations que la Société des Gens de Lettres invite les auteurs à repérer avant de signer.
Le choix de la plateforme est réversible, et c'est ce qui devrait vous détendre : le même fichier peut partir ailleurs le mois prochain sans réécrire une ligne. Ce qui ne se rattrape pas, c'est un livre jamais terminé. Si votre manuscrit attend encore d'être structuré, illustré ou mis au format, créer votre compte vous permet de poser le plan aujourd'hui et de choisir la voie de publication quand le fichier sera prêt. Nos réponses pratiques sur le fonctionnement du service sont rassemblées dans la foire aux questions.
